
Didier Calame
Conseiller national
Un homme de terrain qui a les pieds sur terre
et dans la terre.
Il y a quelques années encore, la question énergétique était souvent abordée sous l'angle de l'environnement. Aujourd'hui, elle doit être aussi abordée sous l'angle de la sécurité. La guerre en Ukraine, les tensions sur les marchés de l'énergie, les difficultés d'approvisionnement que plusieurs pays européens ont connues, nous ont rappelé une vérité fondamentale : lorsqu'un pays dépend excessivement des autres pour son énergie, il perd une partie de sa liberté d'action. La Suisse ne dispose ni de pétrole ni de gaz. Notre richesse repose sur notre capacité à anticiper, à investir et à garantir des infrastructures fiables. L'électricité est devenue la colonne vertébrale de notre prospérité. Or, la consommation électrique va fortement augmenter dans les décennies à venir. Nous encourageons les pompes à chaleur, nous encourageons les véhicules électriques, nous développons les infrastructures numériques, nous souhaitons décarboner une partie de notre économie. Ces objectifs sont légitimes, mais ils ont une conséquence évidente : ils exigent davantage d'électricité. La question n'est donc plus de savoir si nous aurons besoin de nouvelles capacités de production. La question est de savoir si nous aurons le courage politique de les construire.
L'initiative "Stop au blackout" a le mérite de poser clairement le problème. Elle nous rappelle que la sécurité d'approvisionnement n'est pas un détail technique réservé aux spécialistes. C'est une condition indispensable à la stabilité économique, à la cohésion sociale et au bon fonctionnement de notre pays. Une panne électrique de grande ampleur ne signifierait pas seulement quelques lumières éteintes, mais paralyserait des entreprises, des réseaux de communication, des transports et des services essentiels à la population. Nous avons donc le devoir de prendre au sérieux cette question.
Le contre-projet apporte une réponse concrète. Il ne remet pas des centrales nucléaires partout en Suisse, il ne préjuge pas des technologies qui s'imposeront demain, il fait simplement tomber une interdiction qui nous empêche aujourd'hui d'examiner certaines solutions, et c'est précisément là que réside son intérêt. Personne ne sait quelles technologies seront disponibles dans 20 ou 30 ans. Les réacteurs modulaires de petite taille, les nouvelles générations de centrales ou d'autres innovations pourraient offrir des perspectives que nous ne pouvons pas encore pleinement mesurer. Pourquoi la Suisse devrait-elle se priver à l'avance de ces possibilités ? Pourquoi inscrire dans la loi une fermeture technologique alors même que nous avons besoin d'ouverture, d'innovation et de pragmatisme ? Notre pays a toujours réussi lorsqu'il a fait confiance à la recherche, à l'ingénierie et à l'esprit d'innovation plutôt qu'aux interdictions de principes.
Le débat aujourd'hui n'est pas un débat entre partisans du nucléaire et partisans des énergies renouvelables, c'est un débat entre ceux qui veulent garder toutes les options sur la table et ceux qui souhaitent en éliminer certaines avant même qu'elles puissent être évaluées. Pour ma part, je fais confiance à la science, aux procédures démocratiques et aux autorités compétentes pour examiner les projets futurs le moment venu. Je refuse en revanche qu'une technologie soit exclue pour des raisons idéologiques, alors qu'elle pourrait contribuer à la sécurité énergétique de notre pays.
Mesdames et Messieurs, une politique énergétique responsable doit être fondée sur la réalité des besoins futurs et non sur les préférences du passé. L'initiative nous rappelle l'importance de garantir l'approvisionnement. Le contre-projet nous donne davantage de moyens pour y parvenir. Pour préserver l'indépendance de la Suisse, pour renforcer notre sécurité énergétique et pour préparer l'avenir avec lucidité, je vous invite à soutenir ces deux objets.
Didier Calame
Les Planchettes (CH) (NE)